Le lion de Namibie, le seul félin à chasser le phoque

Sur les plages désertiques de la côte des Squelettes, au nord-ouest de la Namibie, certains lions ont étonné les scientifiques en adoptant un comportement inédit : ils chassent des animaux marins, notamment des phoques.
Un lion qui s'est accoutumé au désert
Les lions de Namibie représentent une population de lions africains qui s'est adaptée au désert de Namib. S'étendant sur un peu moins de 81 000 km², c'est l'un des environnements les plus arides au monde, avec des précipitations pouvant descendre aussi bas que 5 millimètres par an.
Notre lion s'est pourtant très bien acclimaté à cet écosystème, chaque groupe occupant des territoires immenses, parfois larges de plusieurs milliers de kilomètres carrés. Cela compense la rareté des proies, mais incite évidemment les animaux à des déplacements de forte amplitude. Ainsi, dès que l'occasion se présente, ils s'économisent souvent à l'ombre, surtout que poursuivre les autruches, oryx et autres springboks qui font leur quotidien demande beaucoup d'énergie.
En l'absence de pluie, le lion de Namibie peut se passer d'eau pendant plusieurs jours, puisant le nécessaire pour se désaltérer dans les proies qu'il abat.
Les premiers lions maritimes du monde
Pendant des décennies, le lion de Namibie a su composer avec son environnement désertique. L'équilibre qu'il a trouvé est cependant aujourd'hui fragilisé par l'une des conséquences les plus terribles de l'activité humaine : le réchauffement climatique.
Le désert de Namib, déjà aride par définition, doit désormais faire face à des sécheresses à répétition qui dégradent fortement les écosystèmes. Cela impacte négativement la quantité de proies disponibles et surtout accentue la compétition pour ces précieuses ressources. De fait, les lions n'ont d'autre choix que d'élargir encore plus leur territoire dans leur quête de nourriture. Et c'est ainsi qu'un groupe de 12 individus, abandonnant leurs dunes natales, s'est retrouvé à explorer le littoral.

La chasse aux phoques : une adaptation unique
Le littoral atlantique namibien est le berceau de plusieurs colonies de phoques qui comptent, au total, près d'un million d'individus. Une manne inespérée pour le lion namibien, sans compter les otaries qu'on y trouve cette fois-ci par milliers.
Les observateurs ont remarqué que les lions s'intéressaient également à des proies qui étaient totalement hors de leur champ initial de compétences, comme des flamants ou encore des cormorans. Ils voient cela comme la preuve d'une volonté d'adaptation du lion du désert à la vie en bord de mer.
Les techniques de chasse diffèrent évidemment un peu de celles observées en savane : si les lions ciblent toujours les plus vulnérables du troupeau, notamment les jeunes et les plus isolés, la chasse devient parfois un exercice solitaire. C'est sans doute parce que les phoques, patauds une fois hors de l'eau, sont nettement moins agiles que leurs proies habituelles, moins dangereuses aussi. Les lions des plages n'ont ainsi pas à déployer les mêmes stratégies collectives habituellement utilisées par les autres lions du continent.
Symbole des dégâts de la crise climatique
La population de lions de Namibie est extrêmement réduite. Après avoir quasiment disparu dans les années 1990, ces lions ont progressivement recolonisé certaines zones grâce à des programmes de conservation. Malgré cela, ils restent très vulnérables avec seulement 80 à 150 individus encore présents dans les régions désertiques du nord-ouest de la Namibie.
Son adaptation au bord de mer modifie autant le régime alimentaire que le comportement du lion de Namibie. Une singularité qui en fait un sujet d'étude plus qu'intéressant pour les scientifiques, surtout qu'historiquement, dans les années 1980, ce lion vivait déjà sur la côte des Squelettes. Il en a été chassé par les fermiers avec qui il entrait souvent en conflit et qui ont fini par massacrer une bonne partie de sa population originelle.
Au-delà de l'image spectaculaire d'un lion chassant sur une plage, cette acclimatation suppose une réalité plus préoccupante : celle d'un animal contraint de modifier en profondeur ses habitudes pour survivre. Une réalité qui, si rien n'est fait en urgence, sera hélas de plus en plus courante.














