Voici le ver Bobbit, une terreur des fonds marins

Connu sous le nom scientifique Eunice aphroditois, le ver Bobbit est un invertébré marin appartenant au groupe des annélides polychètes. C'est donc un ver annelé, mais dont le physique peu engageant pourrait inspirer nombre de films d'horreur.
Un ver marin géant
Le ver Bobbit vit principalement dans les eaux tropicales et tempérées des océans Indien et Pacifique. C'est un animal sédentaire qui se terre dans le fond marin et affectionne donc particulièrement les fonds meubles, idéalement à proximité de barrières de corail riches en proies potentielles.
Un ver adulte fait environ 2,5 cm de diamètre pour une moyenne de 1 mètre de long. Il n'est pas rare néanmoins de tomber sur des individus de 2, voire 3 mètres. Son corps segmenté est équipé de petites griffes locomotrices sur chaque côté (des parapodes) et présente des reflets métalliques irisés. Sa tête fait penser à celle d'une scolopendre géante, sauf qu'elle est équipée de 5 antennes rayées sensibles aux vibrations ainsi qu'à la chimie de l'eau (des palpes). Ce sont elles qui détectent les proies, déclenchant une réaction immédiate du prédateur si un poisson venait à s'approcher de trop près.
Spécialité : la chasse en embuscade
Le ver s'enterre littéralement dans un terrier creusé en forme de L ou de U, dans le sable ou le gravier. Il s'y cache le jour, et la nuit, il laisse simplement dépasser les 10 premiers centimètres de son corps pour chasser, à savoir sa tête, ses antennes et ses mandibules. Et quelles mandibules ! Deux crochets mortels entourant deux mâchoires puissantes munies de dents acérées et, comme si ce n'était pas assez effrayant, placées au bout d'un pharynx rétractable que le ver peut projeter à toute vitesse sur sa proie.
Voici donc notre ver Bobbit camouflé dans la vase, immobile, attendant qu'une proie passe à proximité de ses palpes. Dès qu'un animal se présente, le ver jaillit brutalement hors de son terrier, referme ses puissants crochets sur sa victime, et la tire tout aussi rapidement dans son antre pour l'y dévorer. Toute une série d'actions qui ne dure pourtant que quelques dixièmes de seconde !
L'attaque du ver Bobbit, même si elle est loin du niveau de la crevette mante, est si brutale et rapide que les petites proies finissent souvent sectionnées en deux. Les grosses, elles, se bloquent un temps à l'entrée de son terrier avant de finir écrabouillées par la traction phénoménale développée par les centaines de parapodes du ver. Crustacés, poulpes et mêmes les dangereux poissons-globes, aucune créature n'en réchappe !
Le ver Bobbit est-il dangereux pour l'Homme ?
La dangerosité du ver Bobbit ne fait aucun doute et d'ailleurs, l'origine de son nom, aussi effarante que cocasse, le prouve facilement. C'est un biologiste marin, Terrence Gosliner, qui lui a trouvé ce surnom en faisant le parallèle avec le dossier des époux Bobbitt, une sordide affaire qui a fasciné les médias américains dans les années 1990. Pour faire court (sans mauvais jeu de mots), la femme, excédée par la violence conjugale dont elle était victime, a fini par sectionner le sexe de son mari avec un couteau. Sûrement que le biologiste a trouvé fort à propos la comparaison avec le ver, capable de trancher un poisson en deux.
Dans tous les cas, même s'il n'y a quasiment aucune chance qu'il vous attaque de son propre chef, mieux vaut éviter de s'approcher d'un ver Bobbit. Ses crochets aiguisés peuvent aisément sectionner un doigt, sans oublier le fait qu'ils sont également empoisonnés. De même, le corps de l'animal est recouvert de soies venimeuses qui provoquent des irritations ainsi que des engourdissements si on les touche sans protection.
Heureusement, le ver Bobbit ne réagit qu'aux petits stimuli et non aux larges secousses d'un baigneur qui marche pataudement dans l'eau. À cette amplitude, le ver ira simplement se réfugier dans son trou. Ainsi, comme avec un dragon bleu, si vous en voyez un, la seule bonne attitude à avoir sera de le laisser tranquille !














