Archisable, le défi d'architecture entre deux marées à Deauville

Le projet Archisable, initié en 2016 par l'écrivaine et curatrice d'art Tina Bloch, invite des architectes à réaliser des structures de sable qui seront englouties à la prochaine marée. Des réalisations éphémères, immortalisées par des photos en noir et blanc à l'aide de drones ou d'appareils photo, destinées à sensibiliser le spectateur à la fragilité du littoral et aux problèmes engendrés par le réchauffement climatique.
Archisable, le défi d'architecture entre deux marées à DeauvillePhoto : Michel DENANCE

La plage est un espace propice à la créativité et ce sont bien souvent les enfants qui profitent du sable et de l'eau pour bâtir les structures de leurs rêves. Avec l'expérience Archisable, menée sur la plage de Deauville depuis plusieurs années, les architectes de renom remplacent les bambins et laissent libre cours à leurs envies pour concevoir des œuvres éphémères. À peine terminées, elles seront emportées par les flots et seules les photos prises au cours de la belle saison permettent d'en garder une trace.

Archisable, ou des créations éphémères pleines de poésie

Le sable est l'une des matières premières les plus difficiles à dompter, mais il permet en même temps de créer des structures uniques. Si on pense immédiatement aux châteaux de sable, les artistes et architectes impliqués dans le projet Archisable multiplient les créations et se laissent porter par leurs inspirations. Il en résulte des œuvres monumentales, des alignements de formes humaines ou non, des dômes, des pyramides ou des crevasses, qui se feront détruire par la marée haute quand elle recouvre la plage de Deauville.

Tina Bloch, instigatrice du projet, invite des architectes sur cette plage depuis 2018 et leur fournit un cahier des charges à respecter pour leurs œuvres. Pour elle, c'est une manière idéale de sensibiliser le public aux enjeux écologiques auxquels nous faisons face actuellement, tels que le réchauffement climatique, la raréfaction du sable, ou un littoral en péril du fait de l'érosion.

C'est également une véritable prouesse artistique que réalisent les participants, avec des œuvres qui prennent une dimension nouvelle lorsqu'elles sont observées depuis le ciel, via l'œil d'un drone ou depuis un avion. La poésie qui se dégage de ces réalisations éphémères est certaine, et elle est renforcée par le paysage qui les entoure, leur durée de vie minime et les photos en noir et blanc qui viennent les sublimer et les figer pour toujours, avant leur inexorable disparition.

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Un vrai défi technique pour des architectes inspirés

En 2023 – la troisième année d'Archisable – des architectes et des urbanistes se sont retrouvés sur la plage de Deauville tous les week-ends, dès le début du printemps. Parmi eux, citons Louis Paillard, Karine Chartier, Jean-Marc Lalo ou Thomas Corbasson, qui ont garni les rangs de la centaine de participants ayant défilé sur le sable tout l'été.

Ils ont succédé à Paul Andreu, Michel Cantal-Dupart, Jérome Damiensn, Antoine Grumbach, ou encore Nathalie Sabatier pour les architectes français, et à certains étrangers venus des États-Unis (comme Dinah Diwan ou Didi Pei), du Népal (Anne Feenstra), du Liban (Youssef Tohmé) ou bien d'Allemagne (Anne Heringer ou Marc Rauch).

Pour ces architectes, le défi est de taille. Habitués à travailler au sein de leur cabinet, avec des collaborateurs et tout un panel d'outils informatiques pour les épauler, ces professionnels qui acceptent de jouer le jeu doivent réapprendre à construire avec presque rien. Avec des seaux, des pelles et des truelles, de l'eau et du sable, il leur faut retrouver leur âme d'enfant et tenter de maîtriser le sable dans le temps imparti.

En général, ces bâtisseurs des villes imaginent des constructions destinées à durer le plus longtemps possible, mais ils doivent accepter, avec cette expérience Archisable, de voir leurs œuvres disparaître en quelques heures. Une perspective qui permet d'amener une réflexion sur le temps qui s'écoule et la fragilité des réalisations humaines face à la puissance de la nature.

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Où voir les créations de sable du projet ?

À chaque édition, un photographe est présent pour immortaliser les différentes créations, qui sont ensuite regroupées au sein d'un ouvrage. En 2018, c'est Michel Tréhet qui s'est chargé de cette tâche, avec un livre publié sous le nom de "Archisable", aux éditions Xavier Barral ; en 2021, c'est Michel Denancé qui a pris les photos pour un livre de photo en noir et blanc baptisé "Archisable 2 : le bec en l'air", disponible chez le même éditeur.

Pour la saison 2023, le photographe et architecte Dominique Châtelet a utilisé son appareil-photo ainsi qu'un drone, avec lequel il peut survoler les plages et capturer des images en hauteur qui permettent de prendre la mesure de chaque œuvre. Elles seront regroupées dans un futur ouvrage, qui répondra certainement au nom de "Archisable 3".

Ce projet photo est également mis en avant dans plusieurs expositions temporaires à travers la France, comme ce fut le cas à Caen et à Marseille pour les photographies des éditions précédentes. On peut par ailleurs voir, sur un mur du Terminal 1 de l'aéroport de Roissy, une œuvre de l'Autrichien Much Untertrifaller, tirée de la seconde édition du projet.

Par Mickael Publié le 03/08/2023