D'étranges murailles vieilles de 7800 ans découvertes au large de la Bretagne

D'étranges murailles vieilles de 7800 ans découvertes au large de la BretagnePhoto : SAMM

Au large de l'île de Sein, en Bretagne, une équipe de plongeurs archéologues de la SAMM (Société d'Archéologie et de Mémoire Maritime) a mis au jour ce qui pourrait être l'un des vestiges les plus importants de la préhistoire européenne : un ensemble de structures en pierre sous-marines vieilles d'environ 7 800 ans. Posée sur le fond marin, à environ 9 mètres de la surface, la découverte révèle un pan inédit de l'histoire des sociétés côtières de la fin du Mésolithique.

La pièce maîtresse de ce site submergé est une imposante construction de granit s'étendant approximativement sur 120 mètres de long pour 20 mètres de large et 2,10 mètres de haut. Ce mur, unique en son genre en France, est fait de blocs empilés ainsi que d'une soixantaine de monolithes verticaux qui sont parfois mis face à face pour enfermer entre eux des milliers de petites pierres anguleuses. Autour d'elle, les plongeurs ont repéré au moins 8 autres murs plus ou moins impressionnants, tous attestant de l'aménagement délibéré d'un rivage aujourd'hui englouti.

La datation des "ruines" situe leur construction entre 5 800 et 5 300 avant notre ère, soit à une période où la mer était encore très loin des rivages actuels du Finistère. Le littoral breton était alors nettement plus étendu et l'île de Sein faisait 14 fois sa taille actuelle.

Les scientifiques pensent que les plus petites structures du site étaient des pièges à poissons qui tiraient parti des marées pour fonctionner. Les plus imposants, eux, suggèrent un rôle protecteur contre l'océan, comme le feraient des brise-lames. Dans tous les cas, même si rien n'est encore sûr, les chercheurs s'accordent à dire que la complexité technique nécessaire à la construction de ces murs sous-entend une organisation sociale avancée impliquant l'extraction, le transport ainsi que l'assemblage de plusieurs milliers de tonnes de pierres (plus de 4 300 tonnes rien que pour les deux plus grosses murailles).

Cette découverte bouleverse les idées jusqu'ici établies sur les capacités techniques des sociétés de la fin du Mésolithique en Europe de l'Ouest. Elle implique, par exemple, que l'édification des menhirs et des dolmens de Bretagne aurait pu avoir lieu 5 siècles plus tôt qu'on ne le pensait. Son ancienneté laisse également supposer que des chasseurs-cueilleurs ont pu développer un mode de vie sédentaire sur la côte ouest de la France dès le 6e millénaire avant notre ère. Mieux : sachant que l'île de Sein s'est séparée du continent vers 8 000 avant J.-C., cela signifie que pour y accéder et y construire ces murs, ses habitants devaient maîtriser la navigation dans un environnement périlleux, marqué par de forts courants et marées. La société qui s'y était fixée devait ainsi posséder une technologie plus avancée qu'on ne le supposait pour s'y établir et prospérer sur de longues périodes.

Loin d'être anodines, ces structures immergées bouleversent ce que nous considérions jusqu'ici comme acquis sur la période mésolithique et même néolithique. Il y a ainsi fort à parier que son étude approfondie par les archéologues donnera lieu à d'autres découvertes troublantes.

Par Andriatiana Rakotomanga