Chute de la biomasse : le réchauffement des océans les vide de leurs poissons

Publiée dans la revue scientifique "Nature Ecology & Evolution" en février 2026, une étude espagnole sur le stock de poissons permet de prendre une mesure du bouleversement des océans : une perte sèche de masse de poissons vivants (ce que l'on appelle "la biomasse") pouvant atteindre 19,8 % tous les ans.
Une enquête sur les populations de poissons
Pour arriver à ses conclusions, l'étude s'est penchée sur un immense jeu de données provenant du suivi de 33 990 populations de poissons de l'hémisphère nord. La base s'étale sur une trentaine d'années, allant de 1993 à 2021, et couvre 1 566 espèces évoluant dans de grands bassins vivriers, allant de l'Atlantique Nord au Pacifique nord-est, en passant par la Méditerranée.
Les chercheurs ont pu en extrapoler l'impact du réchauffement des océans en analysant les fluctuations de température à court terme comme El Niño ou les vagues de chaleur marines. Leur conclusion est sans appel : la hausse progressive de la température de l'eau exerce une pression constante sur les populations de poissons.
Un stress thermique qui décime les populations
Ce phénomène s'explique en grande partie par ce que les scientifiques appellent la zone de confort thermique. Chaque poisson possède une plage de température optimale pour se nourrir, grandir et se reproduire. Lorsque la température de l'eau dépasse ce seuil, les poissons subissent un stress thermique, dépensent plus d'énergie pour survivre et leurs populations déclinent rapidement.
Les scientifiques ont réussi à déterminer qu'une augmentation de la température de 0,1°C par décennie va diminuer la biomasse de poissons de 7,2 %. Dans des eaux déjà chaudes et face à des variables défavorables (faible taux d'oxygène, rareté des proies, etc.), le déclin est plus appuyé, atteignant 19,8 % du stock par an. Un chiffre qui monte même à 43 % en quelques mois, ou même quelques semaines, lors d'une canicule marine où l'eau est particulièrement chaude.
Quelques hausses éphémères
Heureusement, tout n'est pas noir. Paradoxalement en effet, lorsque le réchauffement atteint des zones froides au bon moment, ces dernières connaissent parfois une augmentation temporaire du nombre de poissons. La biomasse peut alors croître de plus de 170 % sur de petites périodes, des hausses éphémères qui ne doivent pas tromper sur les effets délétères du réchauffement climatique.
Pire : si jamais les quotas de pêche sont décidés en fonction de ces pics temporaires, les stocks vont vite s'effondrer au moment du retour à la normale, ou lorsque la tendance de fond du réchauffement prendra le dessus.
Face à ces constats, les chercheurs plaident pour une gestion des zones de pêche qui soit adaptée au changement climatique à venir. Au-delà de ça néanmoins, ils somment surtout les pays d'agir promptement face à une situation intenable où nos stocks de poissons sont condamnés à disparaître.














