La côte de Biscarosse a perdu 20 mètres de plage
Photo : capture reportage M6InfoL'érosion des côtes, on en parle souvent, mais parfois elle devient spectaculaire. Nous avons tous en tête l'immeuble « Le Signal » à Soulac-sur-Mer en Gironde, détruit après s'être retrouvé dangereusement au bord du vide. À Biscarrosse, dans les Landes, le phénomène frappe à nouveau : une partie de la plage a tout simplement disparu.
Ces derniers mois, la côte atlantique a été mise à rude épreuve, touchée par plusieurs tempêtes successives, accompagnées de fortes houles et de marées importantes. Dans la nuit du 31 janvier au 1er février 2026, la promenade dominant les dunes de la plage nord de Biscarrosse s'est effondrée. En cause : un creusement brutal du sable, la plage ayant reculé d'environ 20 mètres en quelques semaines seulement. Un chiffre impressionnant, même pour cette portion du littoral habituée aux caprices de l'océan.
Les habitants savaient que le phénomène était inévitable à long terme, mais sa rapidité surprend. Habituellement, le trait de côte recule progressivement. Là, le paysage a changé presque du jour au lendemain. La promenade est désormais hors d'usage et les dunes apparaissent à nu, fragilisées.
Selon le ministère de la Transition écologique, la côte aquitaine perd en moyenne entre 1 et 3 mètres par an. Mais ces moyennes masquent des épisodes beaucoup plus brutaux lors des hivers tempétueux. En France, environ un quart du littoral est concerné par l'érosion. Sur les cinquante dernières années, près de 30 km² de terres auraient été grignotés par la mer, soit l'équivalent de la superficie de villes comme Pau, Angoulême ou Chambéry.
Cinq départements sont particulièrement touchés : la Charente-Maritime, la Gironde et la Seine-Maritime sur la façade atlantique, ainsi que les Bouches-du-Rhône et l'Hérault côté Méditerranée. Dans ces zones, plus de la moitié des plages reculent progressivement, sous l'effet combiné de la montée du niveau de la mer, de la répétition des tempêtes et de l'aménagement du littoral. Conséquence directe : les falaises subissent l'érosion de plein fouet et s'effondrent.
À Soulac-sur-Mer, outre l'immeuble "Le Signal", plusieurs habitations ont dû être évacuées ces dernières années. À Labenne, dans les Landes, un ancien institut hélio-marin a été démoli, menacé par l'avancée de l'océan. En Charente-Maritime, le phare de la Coubre ne serait plus qu'à environ 150 mètres du rivage, alors qu'il en était éloigné de près de deux kilomètres lors de sa construction au XIXe siècle.
Face à cette réalité, certaines communes optent pour des solutions temporaires, comme le rechargement en sable ou la consolidation des dunes. D'autres envisagent des tactiques plus radicales de « recul stratégique », consistant à déplacer infrastructures et habitations. Car sur la côte atlantique, le sable n'est jamais totalement immobile : il vit, se déplace et redessine les paysages.
À Biscarrosse comme ailleurs, l'érosion rappelle que le littoral est un espace mouvant. Un décor de carte postale, certes, mais fragile.














