Vie privée : faut-il arrêter de filmer les plages ?

Les webcams de plage nous invitent à voyager à distance, en offrant une vue en direct sur les plus belles destinations balnéaires. Mais derrière cette vitrine touristique se pose une question moins anodine : jusqu'où peut-on filmer les lieux publics sans porter atteinte à la vie privée des personnes qui s'y trouvent ?
Vie privée : faut-il arrêter de filmer les plages ?
Photo : Palmeris Media
Nosy-Be, Saint-Gilles-Croix-de-Vie ou encore Phuket, les webcams des plages filment et retransmettent en direct leur point de vue, nous permettant de voyager sans même bouger de notre chaise. Le plus souvent, en France en tout cas, ce sont les collectivités locales, les offices de tourisme ou les communes qui les installent, avec pour objectif la promotion touristique de leurs régions. Mais lorsque les images permettent d'observer d'un peu trop près les véhicules ou les baigneurs, la question du respect de la vie privée commence à se poser.

Des images accessibles à tout le monde

Ce type de caméra est souvent installé en hauteur, là où le panorama est le plus grandiose : sur la flèche d'une capitainerie, sur un lampadaire à plusieurs mètres du sol, ou encore sur le toit d'un poste de secours. Avec la qualité des appareils actuels toutefois, il devient loisible à n'importe qui ayant accès à leurs flux d'avoir les détails de tout ce qui passe devant l'objectif, depuis les visages jusqu'aux corps en maillot, en passant par les plaques d'immatriculation. Certaines webcams proposent même des archives sur plusieurs mois qu'il est possible de compulser aussi facilement qu'un direct.

Peut-on s'opposer à une utilisation malveillante ?

Le 5 janvier 2026, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a livré un bilan assez sombre de ses observations sur les caméras touristiques qui, dans certains cas, permettent même de distinguer les personnes dans leurs activités quotidiennes… par leurs fenêtres. L'organisme met ainsi en garde contre les utilisations malveillantes (harcèlement, cambriolage, chantage, etc.) ainsi que les réutilisations non contrôlées des images, les personnes filmées ne sachant généralement pas qu'elles sont enregistrées. Pour ne rien arranger, il n'existe aucun moyen de s'opposer à la captation des images et encore moins de demander la suppression des données personnelles.

Des caméras qui ne respectent pas la protection des données

La CNIL estime que la collecte de données personnelles générée par ces webcams est disproportionnée compte tenu de l'objectif promotionnel avancé par leurs promoteurs. Autrement dit, ces caméras touristiques sont en porte-à-faux avec le règlement général sur la protection des données, plus connu sous l'acronyme "RGPD".
Cela signifie-t-il qu'il faut arrêter de filmer les plages ? Pas vraiment. La CNIL, sans sévir, recommande de mieux cadrer les usages afin de faire abstraction des individus, des véhicules et des habitations. C'est déjà le cas, par exemple, dans le sud-ouest de la France, à Anglet, où les caméras filment les panoramas en veillant à ne rendre personne identifiable. Preuve qu'il est tout à fait possible de ne filmer que ce que les internautes recherchent : l'océan.