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La funeste épopée de l'expédition Franklin

L'exploration des pôles n'a réellement commencé qu'au milieu des années 1830. Des hommes expérimentés ont été mis à la tête d'expéditions dangereuses à bord de navires spécialement équipés mais encore fragiles. John Franklin et Francis Crozier ont tenté d'affronter en 1845 le passage du nord-ouest, au Canada. Mais les glaces du Canada leur ont réservé une fin funeste.
La funeste épopée de l'expédition Franklin

Au XIXe siècle, les pôles sont encore des terres et des mers inconnues. Si les explorations vers le nord ont commencé depuis des siècles, ces mers restent encore largement inaccessibles car particulièrement hostiles. Pour les explorer, il faut des navigateurs exceptionnels, des bateaux robustes, et une grande préparation. Mais l'aventure reste très risquée et nombreux sont les hommes à ne pas en revenir. La plus connue et la plus tragique de ces épopées est l'expédition Franklin.

Des hommes et des bateaux

C'est John Barrow, Second Secrétaire de l'Amirauté, qui impulse la volonté d'ouvrir le passage du nord-ouest durant son exceptionnelle longévité à ce poste, de 1804 à 1845. Pour diriger l'ultime expédition, son choix se porte par défaut sur John Franklin. Celui-ci s'est illustré dans plusieurs batailles navales, notamment celle de Trafalgar, et il a déjà participé à des expéditions polaires.

Il sera secondé par Francis Crozier et James Fitzjames. L'un et l'autre auraient pu recevoir le commandement de l'ensemble, mais ils souffraient de gros défauts : le premier était irlandais, et le second était trop jeune et n'avait pas d'expérience du grand nord. Ils devront se contenter du commandement d'un navire chacun. Ces marins étaient très expérimentés et avaient participé tant à des expéditions d'exploration qu'à des missions militaires. Franklin, notamment, avait combattu aux côtés de l'Amiral Nelson face à l'Amiral Villeneuve, lors de la bataille de Trafalgar en 1805.

Leurs bateaux, le HMS Terror et le HMS Erebus, sont des bombardes reconverties. Ces bateaux, à l'origine destinés à bombarder des villes côtières à l'aide de puissants mortiers, ont une coque conçue pour résister au fort recul de ces armes. Ils sont donc capables, moyennant quelques renforts, de résister également à la pression des glaces. Ils ont déjà fait leurs preuves ensemble dans l'Antarctique, lors de l'expédition Ross à laquelle avait pris part Francis Crozier.

Objectif : traverser le nord du Canada

En 1845, en prévision de la nouvelle expédition, le Terror et l'Erebus bénéficient de nouvelles modernisations, dont des moteurs à vapeur récupérés sur d'anciennes locomotives, un système de chauffage, une bibliothèque de 2900 livres, et même une des premières caméras daguerréotypes.

Leur objectif : franchir le passage du nord-ouest. Autrement dit, traverser d'est en ouest le nord du Canada, dont les nombreuses îles sont séparées par des bras de mer, la plupart du temps pris par la banquise ou encombrés de glaces flottantes. De nombreuses expéditions avaient déjà été lancées depuis le XVIe siècle à l'assaut de la traversée, la plupart d'est en ouest en provenance de l'Europe, quelques-unes d'ouest en est, si bien qu'il ne restait plus en 1845 que 181.000 km² encore totalement inexplorés dans le nord du Canada. Le défi de Franklin et de ses hommes est de faire l'intégralité des 1670 km de la traversée durant la même expédition.

Ils partent de Greenhithe, en Angleterre, le 19 mai 1845, avec au total 130 hommes d'équipage et 3 ans de vivres. Les hommes commencent réellement la traversée en s'engageant dans la mer de Baffin, entre le Groenland et le Canada.

Expédition Franklin

Une fin tragique pour une expédition risquée

En 1846, l'équipage compte déjà 3 morts, dont les tombes sont toujours visibles sur l'île de Beechey Island, où les bombardes s'étaient arrêtées plusieurs mois pour hiverner. Les hommes sont vus vivants quelques mois plus tard par des Inuits sur l'île du Roi Guillaume. La suite de l'histoire est mal connue même si quelques éléments nous sont parvenus. L'essentiel des informations provient des Inuits, qui ont aperçu les navires et leurs équipages, et ont récupéré un certain nombre d'objets.

En septembre 1846, les bateaux sont emprisonnés par les glaces à proximité de l'île durant plus d'un an et, au 25 avril 1848, 24 hommes étaient déjà morts, dont le chef de l'expédition John Franklin. Un document laissé par Crozier sous un tas de pierres sur l'île du Roi Guillaume et découvert en 1859 indique en effet que les 105 membres restants de l'équipage ont tenté de rejoindre la civilisation à pied, en direction de la rivière Back, à plus de 1000 km de là.

Les restes de cette expédition du désespoir ont été retrouvés en 1992 sur l'île du Roi Guillaume et ne laissent pas de doute sur le destin des marins : ils sont morts très loin de leur but et, dans leur détresse, ont même dû recourir au cannibalisme ! Les détails de leur calvaire sont inconnus. Dans quelles conditions ont-ils quitté leurs navires ? Les deux équipages sont-ils toujours restés ensemble ? Ont-ils tenté de rebrousser chemin ? Pourquoi les navires ont-ils été retrouvés à ces endroits ?

Les révélations des analyses

Première surprise, les analyses ADN faites en 2017 sur les restes des dépouilles retrouvées ont révélé qu'il y avait au moins quatre femmes, alors que les équipages étaient censés être exclusivement masculins. Deuxième surprise, si l'Erebus a relativement souffert de son séjour dans l'eau et dans la glace, le Terror est en bien meilleur état et il se situe à un endroit inconnu des Inuits du XIXe siècle. Les objets qui s'y trouvent n'ont donc pas été réutilisés par les Inuits et sont très probablement en meilleur état, ce qui permettra sans doute de dégager de nouveaux éléments d'explication.

Les explorations sous-marines, qui ont commencé en août 2019, permettront sans doute, dans les années à venir, de retracer la vie et la mort tragiques de ces hommes (et de ces femmes).

La première traversée fructueuse du passage du nord-ouest sera finalement réalisée entre 1903 et 1906 par le Norvégien Roald Amundsen.

Par Charles LorrainPublié le 10/10/2019
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