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L'île aux singes du Libéria, territoire des chimpanzés

Le Libéria abrite une colonie de singes très particulière. Ces chimpanzés ont été laissés sur une île du fleuve Saint-John après la fin des expérimentations animales qui ont été faites sur eux. Cependant, malgré cette retraite en semi-liberté, tout n'est pas rose pour eux et leur survie ne tient toujours qu'à un fil.
L'île aux singes du Libéria, territoire des chimpanzés
Photo: Jenny Desmond

L'expérimentation animale est toujours un combat, entre d'un côté les laboratoires qui affirment qu'elle est nécessaire (et très certainement beaucoup moins chère), et les défenseurs des animaux. Au Liberia, ce combat se poursuit même après la fin des expérimentations sur des singes plus ou moins livrés à eux-mêmes sur une île fluviale.

La naissance de l'île aux singes

L'histoire de ces singes remonte aux années 1970. Le laboratoire de recherche NYBC (New York Blood Center) avait besoin de primates pour ses recherches sur les infections virales, notamment l'hépatite B. En 1974, il signe un partenariat avec un centre de recherche libérien (LBRI, Liberian Biomedical Research Institute) pour utiliser un certain nombre de chimpanzés, capturés en milieu sauvage ou achetés à des propriétaires.

En 2005, la campagne de recherche s'est arrêtée. La laboratoire new-yorkais s'est alors engagé, au titre de la "dette morale", à prendre soin de ces animaux retraités. Le LBRI leur a trouvé un sanctuaire où ils pourraient finir leurs jours en paix : Monkey Island.

Monkey Island n'est pas à proprement parler une île. Il s'agit en réalité de six îles entourées par des bras de la saumâtre rivière Saint-Jean, au sud du Liberia. C'est là, dans ce havre de paix recouvert par la jungle à l'écart de toute agglomération d'importance, que ces singes coulent des jours plus ou moins heureux.

La fin des expérimentations animales

Durant toute la durée de l'expérimentation, une centaine de singes se sont vus injecter différents agents infectieux dans l'espoir d'en tirer des enseignements pour la réalisation de traitements médicaux pour les humains. Les chimpanzés chez lesquels a été dépistée une hépatite ont été placés sur l'île aux singes. Cela permettait de poursuivre plus facilement certaines expériences : les singes ne savent pas nager et sont donc dans l'incapacité de quitter leur lieu de captivité !

La guerre civile libérienne (1999-2003) a mis fin à la vie du mari de la chercheuse Betsy Brotman, et les activistes ont eu raison de l'expérimentation animale. Le centre de recherche a donc fermé ses portes à la fin des années 90. Betsy Brotman, aidée d'un groupe de Libériens, a cependant continué à apporter quotidiennement de la nourriture et de l'eau potable aux animaux et à s'assurer de leur bien-être.

Singes Liberia

Monkey Island en sursis

En 2015, le NYBC a annoncé suspendre son financement annuel de 20.000 $, reniant ainsi ses engagements. Il restait alors 85 chimpanzés sur ces îles, les autres étant probablement morts par manque de nourriture. Le NYBC affirme qu'aucun engagement le lie avec le gouvernement du Liberia et que, par ailleurs, ces 20.000 $ annuels seraient mieux utilisés dans l'objet social de la fondation, à savoir la recherche médicale.

Ce groupe de chimpanzés est un réel problème, et pas uniquement d'un point de vue moral. Outre le fait que ces animaux nés en captivité ou prélevés très jeunes dans la forêt ne savent pas survivre en milieu sauvage et sont devenus totalement dépendants de la nourriture apportée par les humains, il semble que le suivi de la population n'a pas été fait correctement lorsque le laboratoire s'en occupait : personne ne sait vraiment quels agents infectieux ont été injectés à quels individus. Les relâcher serait de nature à propager un certain nombre de microbes en milieu sauvage. Sans compter qu'aucun contrôle des naissances n'a été fait et que de nombreux chimpanzés sont nés depuis l'arrêt des expérimentations. La situation est telle que même l'éthologue de renommée mondiale Jane Goodall est intervenue pour mettre le NYBC devant ses responsabilités.

En 2014, pendant l'épidémie d'Ebola, les soigneurs ont cessé d'approvisionner les singes affamés. En 2015, la primatologue Jenny Desmond et son mari Jim, vétérinaire de son état, se sont installés au Liberia pour prendre la relève avec l'aide des soigneurs locaux déjà présents depuis plusieurs années, les seuls à pouvoir approcher les primates sans se faire agresser. Alors que, jusqu'ici, les chimpanzés étaient nourris un jour sur deux, le couple a pu monter la fréquence à une fois par jour, avec un objectif de deux repas par jour. Grâce à l'association HSUS (Humane Society of the United States), ils ont été financés à hauteur de 25.000 $ mensuels. Le NYBC a fini, en 2017, par verser 6 millions de dollars pour s'occuper des chimpanzés les années à venir. Il resterait à l'heure actuelle une soixantaine d'individus sur le chapelet d'îles, nourris correctement et sous contraceptifs.

Par Charles LorrainMis à jour le 28/01/2019
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