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L'explosion du tourisme arctique, entre risques et opportunités

Il y a à peine 30 ans, faire du tourisme en Arctique était une idée extravagante, voire dangereuse. Depuis, la destination est prise d'assaut par de plus en plus d'amateurs de selfies sur la banquise. Le touriste tutoie désormais les phoques et ce n'est pas forcément une bonne chose.

En Arctique, le réchauffement climatique évolue deux fois plus vite qu'ailleurs. L'été y est devenu plus chaud, dure plus longtemps et durant cette saison, une plus grande quantité de glace disparaît, et ce 6 fois plus rapidement qu'il y a 40 ans. Un désastre dont profite le tourisme, un secteur toujours à l'affût de nouveautés.

De nouvelles voies navigables

L'Arctique est l'un des environnements les plus extrêmes de la planète. 21 millions de km² où la température peut descendre jusqu'à -70°C. Des icebergs gigantesques, hauts comme des immeubles de 50 étages, s'y baladent majestueusement dans des chenaux de glace. Hélas, ce monde est aujourd'hui menacé par le recul des glaces qui a une conséquence inattendue : l'ouverture du continent.

La disparition de la glace a ouvert de nouvelles voies navigables au cœur du continent de l'extrême. Autant de brèches dans lesquelles se sont engouffrés les bateaux de croisière. Dans le Grand Nord Canadien par exemple, 1.500 km de plus sont accessibles depuis les années 2000, un territoire aujourd'hui exploité par 8 agences de voyages.

Les voyagistes misent sur l'attrait qu'exercent les grands espaces glacés pour attirer le chaland. Comble de l'ironie, ils n'hésitent pas à presser les touristes en insistant sur la disparition imminente de cet environnement unique alors même que leur activité ne fait qu'en accélérer le processus.

Économie contre environnement

L'attrait du tourisme polaire est certain. En 2008, cette destination a réussi à drainer 1,5 million de touristes, et avec un ticket d'entrée oscillant entre 3.600 et 45.000 euros, c'est aussi une affaire très rentable qui relève du luxe.

Toutefois, on s'en doute bien, tant d'activités humaines sur une zone déjà fortement menacée par le réchauffement climatique ne sont pas pour lui faire du bien. Il y a bien sûr les gaz à effet de serre libérés par toute cette agitation. A l'échelle mondiale, le tourisme serait responsable de 8% des émissions de ces gaz délétères.

Toutes les bonnes pratiques du monde n'empêcheront également pas la pollution de finir dans l'environnement déjà fragile et peu résilient de l'Arctique. Dégazage, eaux usées, emballages, l'océan récupère de nombreux déchets et l'on n'ose même pas imaginer les conséquences terribles que provoquerait un naufrage dans ces eaux vierges.

Enfin, il y a la "concurrence" des touristes sur la faune australe : les littoraux dégagés de glace sont des habitats, des sites de nidification ou de reproduction pour les animaux. Mais parce qu'ils veulent les voir de plus près ou tout simplement parce que ces sites permettent un accostage facile, les touristes y descendent aussi volontiers. Cela perturbe l'activité des animaux et engendre une compétition pour l'espace qui n'est pas bonne pour eux.

bateau groenland

Un bouleversement social

Mais l'environnement arctique n'est pas le seul à être bousculé par l'explosion du tourisme. La population autochtone, à savoir les Inuits, subit également un important chamboulement de leur culture.

Certes, comme partout où il s'est développé, le tourisme est une manne importante qui a injecté une bulle d'oxygène bienvenue dans l'économie quasi autarcique de ces communautés isolées. Les villages se sont ouverts au monde, apprennent de nouvelles compétences et l'artisanat décolle. Autre point positif : la jeunesse autrefois déprimée, car souffrant profondément de l'isolement et du désœuvrement, trouve enfin de quoi s'occuper avec le dynamisme qu'apportent les visiteurs.

Mais le progrès est à double tranchant. Avec l'arrivée en masse des touristes par exemple, le ravitaillement est devenu problématique au point qu'il faille afficher des pancartes "N'achetez que ce dont vous avez vraiment besoin" dans les épiceries.

Avec la multiplication des bateaux également, les baleines, phoques et autres grands animaux marins ont déserté les rivages des hameaux. De toute manière, la pêche est peu à peu délaissée, les chalutiers étant recyclés en navette, quand ils ne vont pas harponner des icebergs pour les mettre en bouteille et les vendre comme "eau pure" aux touristes pour une quarantaine d'euros.

Finalement, l'explosion du tourisme arctique soulève des enjeux de taille non seulement pour l'environnement, mais aussi pour toute une population qui la voit comme une opportunité. Comme on sait qu'il n'y aura certainement plus de glace en Arctique d'ici 2050 et que la tendance ne va donc pas s'inverser, le défi sera de trouver le bon compromis pour satisfaire tout le monde.

Par Andriatiana RakotomangaMis à jour le 14/02/2020
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