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L'ensablement de la Baie de Somme

La Baie de Somme est un ensemble écologique exceptionnel qui draine également un nombre important de touristes sur la côte picarde. L'ensablement rapide menace l'estuaire si rien n'est fait, avec des conséquences ornithologiques et économiques importantes. Diverses initiatives sont à l'étude pour évacuer les sédiments accumulés.

L'ensablement de la Baie de Somme
Photo: Bernard Niess

Le débouché de la Somme dans la Manche forme un estuaire dénommé Baie de Somme. Celui-ci, combiné avec l'estuaire d'un autre fleuve côtier plus petit au nord, la Maye, forme un ensemble unique.

C'est à Saint-Valéry-sur-Somme, l'historique port de commerce de la région, que Guillaume le Conquérant a rassemblé sa flotte pour partir à l'assaut de l'Angleterre en 1066 après la notoire victoire d'Hastings. Quatre siècles plus tard, Jeanne d'Arc a été détenue au Crotoy avant sa fin tragique à Rouen.

Un écosystème exceptionnel

Mais l'estuaire est avant tout connu pour ses caractéristiques écologiques, sa faune et sa flore. D'une superficie de 70 km², la Baie de Somme est recouverte par la mer pendant la marée haute. À marée basse apparaît alors la slikke, une immense vasière constituée d'une multitude d'îlots sablonneux recouverts de végétation. Lors des grandes marées, une autre partie, dénommée schorre, est également recouverte. L'ensemble constitue une remarquable réserve ornithologique, tant pour les espèces sédentaires que migratoires. A ces divers titres, la Baie de Somme a été inscrite parmi les Grands Sites de France, et est même classée parmi les plus belles baies du monde, aux côté de la Baie de San Francisco et de la Baie d'Ha-Long.

L'ensablement s'accélère

L'ensablement des estuaires est un phénomène naturel qui n'est pas propre à la Baie de Somme. Cependant, on peut remarquer ici sa vitesse : la superficie de la baie est passée de 200 à 70 km² en une cinquantaine d'année.

Mais, comme dans le cas de la Baie du Mont-Saint-Michel, ce sont les activités humaines qui ont accéléré le processus. La présence de digues, la poldérisation (conquête de terres sur la mer) de certains secteurs, et la canalisation de la Somme perturbent la circulation de l'eau et la dispersion du sable vers le large sur l'ensemble de la baie. On estime que le sable s'accumule sur 3 cm supplémentaires tous les ans.

La slikke se transforme progressivement en schorre par l'arrivée de sable allochtone (venu de la mer, et non du fleuve) qui n'est plus chassé par le courant de la Somme comme autrefois. On constate également l'apparition de spartine, une plante qui concurrence la flore de la baie et qui a pour particularité de retenir le sable.

Des conséquences non négligeables

Les conséquences sont à la fois écologiques et économiques. La baie est actuellement une étape importante pour les oiseaux migrateurs. Une modification trop importante de l'écosystème de l'estuaire incitera ces oiseaux à se trouver une autre escale dans leur voyage entre le nord de l'Europe et l'Afrique s'ils n'y trouvent plus suffisamment de nourriture.

Bien entendu, si l'estuaire de la Somme s'ensable jusqu'à perdre ce qui en fait son charme, les touristes choisiront un autre endroit pour leurs vacances ornithologiques et sportives.

L'ensablement de la baie rend également de plus en plus difficile la navigation des bateaux de pêche. Les pêcheurs préfèrent donc se replier vers d'autres ports voisins comme le Tréport.

Les projets de désensablement

Comme pour la Baie du Mont-Saint-Michel, divers projets sont sur la table pour endiguer l'ensablement. Certains ont pour seul objectif d'assurer la survie des ports. D'autres ambitionnent le désensablement de toute la baie, dans un objectif écologique et économique plus global.

Parmi ces projets, les plus ambitieux consistent à dépoldériser la baie. Des centaines d'hectares de polders ont affecté très fortement l'équilibre de la baie, et il est permis de penser qu'une partie de la solution réside dans la suppression de certains d'entre eux. Un projet d'expérimentation est dans les tuyaux depuis plusieurs années, autour de la Ferme Caroline, dont on envisage de rompre la digue qui la protège des marées.

Des bassins de rétention d'eau ont également déjà été créés dans le but de créer un effet de chasse. La libération de l'eau retenue crée ponctuellement un courant suffisamment fort pour chasser vers le large le sable accumulé à ses environs. Cependant, les mouvements de l'eau sont complexes, et les courants de chasse doivent être obtenus avec précision. Trop faibles, ils n'atteignent pas leurs objectifs. Trop forts, ils risquent d'emporter les bateaux. Le résultat des opérations de type hydraulique est donc plutôt incertain.

D'autres proposent une solution plus pragmatique : au lieu de prélever du sable dans les terres, pourquoi ne pas le prélever directement dans l'estuaire, où 700.000 m3 supplémentaires s'accumulent tous les ans ? Un double bénéfice, puisqu'en plus de participer au désensablement, une telle opération est une source de matériaux, mais a-t-on vraiment besoin chaque année d'une telle quantité de sédiment ?

Enfin, d'autres proposent de retirer la spartine, car le retour rapide de la flore autochtone a été constaté après avoir retiré celle-ci.

Tout la région est suspendue au sort de la Baie de Somme, qui draine un nombre important de touristes. Le désensablement est donc une opération de première importance d'un point de vue économique et écologique. Mais les expérimentations et les mesures prises seront-elles efficaces avant que l'ensablement soit total ?

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